Il est temps que nous parlions de la dure réalité des femmes en 2018, toutes ces choses dont nous ne parlons pas assez. Petite rétrospective.

 

Partie 1 : le corps des femmes

Je n’avais pas réalisé à quel point le corps des femmes devait rentrer dans des cases, être façonné et lissé de tout défauts pour plaire. Et pour cause, mes parents ne m’ont pas éduquée ainsi. Bien au contraire. J’ai même souffert de ne pas être élevée comme une fille. Moi qui rêvais de devenir astronaute, mon père m’a accoutrer de jogging bien moches pour faire du sport. Ma mère ne se maquillait jamais mais m’encourageais tout de même à être féminine. Le physique, on s’en foutait comme de l’an quarante. Je ne me suis donc pas sentie concernée par cette planche sur l’éducation des petites filles…
Pourtant, je suis bien tombée sous les attaques des diktats de la beauté (merci les magazines féminins). Je n’avais jamais réalisé que le corps de la femme était autant façonné pour plaire aux hommes. Pas à ce point. Pas depuis l’été 2017. La femme qui rend visible publiquement son insoumission aux codes esthétiques risque un méchant body shaming. Le climat s’est encore plus tendu quand des instagrammeuses, actrices et mannequins ont affichés fièrement leurs poils sous leurs bras.
Eh oui…  une femme doit s’épiler, ne pas être trop maquillée (sinon elle est provocante), avoir plutôt une taille fine, porter un soutien-gorge, porter une jupe sexy mais pas trop, parfois être dans l’obligation de porter des talons ou de mettre du vernis, réduire ses vergetures, supprimer ses rides et la graisse sous les bras. C’est sans fin… ça se mange sans faim.

Et aux hommes, on leur demande quoi ?  Ben rien. Vraiment rien.

 

Ce qui me choque le plus, ce n’est pas le fait que mon corps doit être « convenable » selon des normes établies culturellement mais la violence que cela suscite à l’idée que la femme puisse choisir de rester « nature » sans artifice et sans vouloir « modeler » son corps sous risque d’un lynchage public.

Hello 2018 !

 

Et tout s’enchaîne…

Après le corps, la charge mentale.

 

Partie 2 : la charge mentale, quand quelque chose qui ne date pas d’hier est soudain découvert !

Il me semble que tout est parti d‘une planche de BD qui a été diffusée en mai et commentée tout l’été. La dessinatrice parlait de sa vie et surtout de la charge mentale qui pesait sur les femmes d’un foyer.
Perso, vivant avec deux mecs je peux dire que je connais la charge mentale comme si c’était moi qui en avait inventé le terme : les femmes sont d’office responsables du foyer et tâches domestique, et en plus elles doivent penser à tous. Le bon fonctionnement du foyer – repose quasi en totalité sur elles. Le partenaire se déresponsabilise en attendant souvent de sa compagne qu’elle lui demande de faire les choses. Quelle femme n’a pas déjà entendu ce fameux refrain : « mais elle ne m’avait pas dit qu’elle avait besoin d’aide »
Cette charge attribuée d’office à la femme est tellement ancrée dans les mœurs – à cause de notre héritage historique notamment (Voir l’expo Women house a Monnaie de Paris) – qu’il peut paraître naturel.
Mais pas forcément « normal » en 2017. Moi-même je l’avais inconsciemment intégré pensant rendre service aux autres et à moi-même. Le carnage quoi.

 

Partie 3 : le débat sur l’écriture inclusive.

Le débat de la rentrée 2017… la France est divisée entre les « pour » et les « contre ».
Dans le « Manuel d’écriture inclusive » édité par l’agence de communication Mots-Clés, l‘écriture inclusive est décrite comme un « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes » .
Elle repose sur ces principaux principes :
> Supprimer la règle de grammaire au pluriel « le masculin l’emporte sur le féminin »
> Inclure les deux sexes grâce au point entre les mots. Exemple : les citoyen.ne.s
> Accorder les fonctions et métiers en fonction du genre.
> Utiliser des termes universels

J’avais appris à l’école que le masculin avait aussi la valeur d’être neutre donc la règle de grammaire sur les accords en genre et nombre ne m’avait frappée. De plus, ce point entre les mots gêne ma lecture d’un texte, je suis plutôt en faveur de l’accord de proximité
Mais ça fait réfléchir… étant donné que le langage renforce les stéréotypes et le sexisme.
Je commence à me dire que dès l’invention de l’écriture et de la grammaire on s’est fait avoir !

 

Partie 4 : le gros clash de deux femmes à On Est Pas Couché

Le 1er octobre 2017 : Christine Angot s’emporte contre Sandrine Rousseau – venue présenter son livre dans l’émission de Laurent Ruquier « On est pas couché ». Lorsque cette dernière revient sur l’affaire Beaupin dont elle est une des victimes. Rousseau explique qu’une cellule de lutte contre le harcèlement avait été mis en place chez EELV pour accueillir la parole. Angot s’offusque car pour elle une agression sexuelle doit se régler en soi sans l’intervention d’un tiers.

Je suis restée un peu abasourdie par l’échange et la violence du face à face. Deux femmes atteintes dans leur corps par deux hommes qui se sont servis, deux réactions opposées dont une violente et l’autre en larmes. Angot avance même qu’il y en assez qu’on demande aux femmes de revendiquer leurs souffrances.
Entre femmes victimes, il devrait y avoir une solidarité non ? Ces deux femmes ont leur façon de vivre leur souffrance et devraient pouvoir l’exprimer ou non, à leur convenance. Je ne comprends pas du tout pourquoi on continue d’imposer une norme à tout.

 

Partie 5 : La création du mouvement « Time’s up »

Le 5 octobre 2017, Hollywood est sécoué de toute part : Le New York Times révèle que le production américain Harvey Weinstein est accusé d’une série de harcèlement sexuels et viols au cours de ces 30 dernières années. A ce jour, le nombre de victime s’élève à 93 donc Lea Seydoux, Angélina Jolie, Gwyneth Paltrow … et tant d’autres.

Licencié de sa propre maison de production, Weinstein est parti se faire soigner dans une clinique européenne. Facile de revendiquer une maladie pour se faire pardonner ses bétises. Mais cette prise de conscience à fait délier quelques langues, et d’autres grands noms du cinéma se sont retrouvés accusés à leur tour comme Kevin Spacey, Casey Affleck … ce qui a motivé la création du mouvement « Time’s up » qui veut clairement dire « temps révolu » afin d’obtenir des fonds pour soutenir des femmes harcelées et qui n’ont aucun moyen de se défendre face à leur oppresseur.

Cette affaire ne m’a pas plus secoué que cela. Que tu sois un homme influent et que tu tente ta chance avec une actrice en étant un gros lourd, ça ne m’étonne pas du tout.

En revanche j’ai été surprise par la soudaine prise de conscience que cela a soulevé. Et je me dis que peut être c’est le commencement de quelque chose de nouveau !

 

Partie 6 : La création des # balance ton porc, et #metoo

 Conséquences du mouvement Time’s up, des langues se délient de toutes part. La parole des femmes se libère. Un élan formidable où elles dénoncent enfin les différentes humiliations, agressions et harcèlement dont elles ont été victimes, sur les réseaux sociaux avec le #metoo.

La honte n’est plus sur ces femmes mais sur ces hommes qui profitent d’elles. Mais cette bonne initiative s’est un peu assombrie avec une véritable campagne de délation. Oui, la drague est devenue une agression chez certains.

Alors je vous avoue que dans un premier temps, une soif de vengeance a jailli et j’étais enthousiaste que des noms soient balancés de la sorte.

Ah les instincts primaires.

Du style : « Bien fait pour ta gueule ! Yeah ! VENGEANCE, tu ne l’avais pas vu venir celle-là mon cochon !

 Et puis, je réalise qu’on n’est pas dans une fiction. Qu’il ne faut pas prendre mes fantasmes de vengeance pour une réalité. On parle de la vrai vie-là, on se calme, on n’est pas des barbares, la chasse aux sorcières c’est fini. Il faut revenir à la réalité. Même si on a tendance à tout mélanger…

 

Partie 7 : Mon gros problème avec la langue française qui est SEXISTE.

No comment.
Rien à ajouter si ce n’est que Michaël Youn l’avait déjà fait en 2008 dans son style bien à lui avec sa chanson : C’est une pute.

Je cite :

« N’en déplaise aux puristes
La langue française demeure beaucoup trop machiste
Rien a changé
Un gars c’est un jeune mec, et une garce
C’est une pute
Un coureur c’est un joggeur et une coureuse
C’est une pute
Un chauffeur il conduit l’bus et une chauffeuse
C’est une pute
Un entraîneur c’est un coach sportif et une entraîneuse, ben
C’est une pute
Un homme à femme c’est un séducteur et une femme à homme, C’est une pute
Un chien, un animal à quatre pattes, une chienne
C’est une pute
Un cochon c’est un mec sale, une cochonne
C’est une pute
Un salaud c’est un sale type, une salope, ben
C’est une pute
Un allumeur ça allume le gaz, une allumeuse
C’est une pute
Un masseur c’est un kiné, une masseuse
C’est une pute
Un maître un instituteur, une maîtresse
C’est une pute
Un homme facile c’est un gars sympa, une femme facile, ben
C’est une pute
Un calculateur un matheux, une calculatrice
C’est une pute
Un toxico c’est un drogué, une toxico
C’est une pute
Un beach un volley sur la plage, une bitch
C’est une pute
Un Hilton c’est un hôtel et Paris Hilton, ben
C’est une pute »

 

Partie 8 : La tribune «  le droit d’importuner » essentielle à la liberté sexuelle

 

L’année démarre en trombe avec cette polémique parue dans le Monde « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
En lisant cette tribune, je n’ai pas été choquée. En revanche, vu les réactions épidermiques qu’elle a déclenchées :

1/ J’ai été choquée par la violence et le mépris des femmes entre elles, traitant notamment les signataires et rédactrices de vieilles, de bourgeoises et d’aigries, issues d’une classe sociale supérieure. La riposte m’a semblé disproportionnée. Une centaine de personnes ont signé ce qui n’empêche pas les contre de restreindre le débat autour de 3 signataires emblématiques :  Deneuve- Millet-Lahaie, sans les dépasser.

2/ J’ai eu l’impression que selon les sensibilités et perceptions de chacun, on n’a pas lu le même texte. Elle m’a donné l’impression que « l’équipe » des contres faisait dire aux signataires des choses qu’elles n’ont pas écrites car ça les arrangeait, n’allant pas dans leur sens. J’ai compris cette tribune comme étant surtout une mise en garde contre la vague de censure qui sévit dans le monde de l’art et des risques de dérive à la suite des dénonciations publiques. Ces dernières peuvent ruiner des vies et lyncher des innocents en cas de calomnie.

Notre démocratie est pourtant dotée d’un appareil judiciaire – imparfait, ok – propre à mener des enquêtes et à respecter les procédures.

 

Bien contente parce que d’une, il ne doit pas y avoir qu’une seule parole. Nous sommes une société composée d’individus hétérogènes aux pensées, cultures et émotivités bien distinctes. Nous ne formons pas un moule homogène. Et puis apporter de la nuance, de la contradiction et émettre des doutes génèrent des discours moteurs pour avancer. Mais dans le débat actuel, il semble qu’introduire de la mesure est démesuré. Un mot de travers et la partie « adverse » se déchaîne telle une furie.
Quelle est cette dictature soudaine de la pensée ? Glisse-t-on vers un monde aseptisé ?
Les propos de Brigitte Lahaie sur « On peut jouir lors d’un viol » le démontrent. Énoncer cette vérité embarrassante n’est en aucun cas banaliser l’acte de viol. En revanche, elle peut en apparence desservir la cause féministe sur le traumatisme d’un viol. Et pourtant c’est un tabou qu’il faut dénoncer. Si on a été violé et ressenti un orgasme mécanique, il y a de quoi culpabiliser à l’idée d’avoir ressenti du plaisir et ne pas oser faire valoir ses droits. Les conséquences sont bien plus destructrices psychologiquement…

Je n’ai jamais compris le texte comme un permis de nous importuner stricto sensu (au sens stricte). Pourtant certaines le lisent comme le droit de se faire harceler. Plus par facilité pour éviter de répondre sur le fond ? Aucune femme dans ce texte n’a signé pour qu’on lui éjacule dessus dans le métro que je sache ? (Ou dans les limites du respect mutuel avec consentement, hein…)

Et deux, en lisant les réactions, j’ai réalisé que parmi les opposants au texte, il y avait encore des clans distincts qui ne s’accordaient pas tous sur la même chose. Idem pour les sympathisants, il y avait encore des nuances à ajouter. Ce texte est donc pour moi un vrai pavé dans la marre pour affiner le propos et débattre. Car au fond, on est bien tous d’accord que personne n’est pour le harcèlement, la violence et le viol.
Exprimer une parole différente mais pas opposée, est-ce se poser en ennemi du fémininement correct ?

Cette tribune avait pour intention de dénoncer la pudibonderie et la vague de censure qui a sévi dans certaines manifestions culturelles (l’expo Egon Schiele, l’éditeur de Sarah Chiche qui lui demande de revoir sa copie selon les mœurs du moment, le Carmen de Bizet a été réécrit et dénaturé pour correspondre à son temps). Au final, on gomme les pensées et mœurs d’une époque. Il y a de quoi s’inquiéter, non ? Annuler la rétrospective de Polanski, c’est aussi nier le travail de toute une équipe. L’œuvre porte son nom ok, mais c’est avant tout une oeuvre commune résultant de l’intervention de plusieurs professionnels du cinéma qui n’y sont strictement pour rien sur les agissements d’un homme. Ce n’est pas l’ériger en héros que de mettre en lumière ses films. Distinguer l’homme de l’œuvre me paraît vital. Il a payé sa dette. Pourquoi la faire payer aux autres ? On ne doit pas faire payer à tout le monde les errements d’un homme.

 

Bref un bilan pas grandiose pour ce début d’année où je trouve que nous avons atteint un stade de connerie immense. Je ne comprends pas du tout comment on peut en étant une femme, tirer sur une autre femme agressée. Je ne comprends pas comment on peut mettre la drague un peu lourde sur la même balance que l’agression. Je ne comprends pas ce besoin de toujours devoir être contre une idée et le dire. Je ne comprends pas ce besoin aussi d’entrer dans de l’agressivité pour faire taire un débat.

 

En gros, en 2018 nous allons avoir du boulot guys ! Pourquoi ne pas s’y atteler tout de suite ?

 

 

2 thoughts on “ La dure réalité des femmes en 2018 ”

  1. Hello Marina, cela fait un moment que je te suis depuis le début et je suis enchantée de voir que tu arrives à rester la même avec l’arrivée d’une certaine “popularité”. Ce que j’apprécie c’est ta spontanéité et surtout ta disponibilité. Merci pour cet article qui reflète bien notre société d’aujourd’hui, et j’espère que tu continueras à faire des articles comme celui-ci.
    Gros bisous ma belle et encore merci !

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