Nous allons aborder la question de consentement car je voulais parler du mouvement me too mais qu’est-ce que je pourrais dire qui n’as pas déjà été dit ?

Il y a eu pas mal de mouvements depuis #metoo et #balancetonporc ; mais n’as t-on pas oublié que ces initiatives ont été salvatrice pour beaucoup de femmes ?Revenir sur ce sujet, beaucoup l’ont déjà fait et j’ai vu tellement de choses bien écrites que ça ne serait même pas respectueux de l’ouvrir.

C’est pour cela que je vais m’attaquer à un sujet bien plus ridicule :

Avoir une position affirmée face au consentement sexuel ne fait pas de moi une puritaine.

Je trouve ça abérant que l’on parle de puritanisme à tout va pour évoquer ce qui est légal ou non de faire.

Comment pouvons-nous reprocher à des femmes d’être prudes (déf puritanisme) parce qu’elles n’acceptent pas d’être harcelées, agressées, ou considérées comme des objets dans l’espace public ?

On va prendre l’exemple des frotteurs dans le métro (du vécu) souffrant d’une prétendue misère sexuelle = on minimise l’action (le fait) qui est judiciairement considéré comme une agression sexuelle. On nous demande de laisser gagner le « il en a envie » sur nos « nous ne voulons pas ».

 Comment la notion de consentement peut-elle être reléguée à un fait anecdotique ?

L’une des grandes victoires du féminisme a été de mettre sur le plan public des questions qui relevaient du privé. Pour rappel, la notion de viol conjugal n’est reconnue en France que depuis 1990, depuis moins de 30 ans. Notons aussi que la loi autour du harcèlement sexuel au cours des années 2000 a été au cœur de multiples débats, faisant suer au passage bon nombre de politiciens. Non, les violences sexuelles sur les femmes n’ont pas toujours fait partie du débat public et n’ont pas toujours été envisagées comme des points juridiques sur lesquels il fallait légiférer, hélas. Ces questions ont commencé à émerger au début du XXe siècle et n’ont cessé d’évoluer et de prendre de l’ampleur, chaque époque ayant souvent un sujet devenu symbolique (mais pas unique) grâce à la présence de militantes féministes dans le paysage politique.

Il n’y a pas de police de la séduction, il n’y a pas de totalitarisme de la drague ou d’autres bêtises lues un peu partout et qu’on assimilerait à un romantisme quasiment mort. Ce que les féministes tâchent de faire, au contraire, c’est de s’interroger sur « les normes sexuelles dominantes » au sein de la société afin de réfléchir à « une reconfiguration «morale sexuelle» qui s’efforce, au-delà des normes religieuses traditionnelles, de définir les comportements acceptables, légitimes, valorisés, ou au contraire répréhensibles ou stigmatisés ». Le terme puritanisme est donc très mal choisi, mais son choix n’est pas anodin, il s’inscrit dans une idéologie politique française, plutôt conservatrice (je vous en parle ci-dessous).

Cessons de croire en un prétendu « féminisme à la française »

Je suis du même avis que Nadia Daam qui répliquait à Sophie de Menthon dans CàVous qu’elle n’était pas surprise par la publication d’une telle tribune, se demandant justement quand celle-ci allait voir le jour. Parce que des contre-discours féministes lors de grandes avancées, il y en a toujours eu !

Prenons un cas récent. En 2012, face au traitement calamiteux de l’affaire DSK par les médias français, l’historienne Joan W. Scott rappellera que la culture française s’est énormément ancrée sur ce mythe de la séduction comme composante de son identité nationale. Mais surtout, que de multiples intellectuelles françaises ont participé à faire perdurer ce mythe, jouant sur un particularisme à la française, une singularité des rapports amoureux qui nous différencierait des Etats-Unis, pays à la définition soi-disant “élastique” du viol (ce qui est juridiquement faux) où on est incapable de faire la différence entre l’art ô combien subtil de la séduction et le comportement abusif d’un harceleur (là encore, c’est faux).

Plusieurs chercheuses françaises exprimeront leur refus d’une nationalisation culturaliste du féminisme en écrivant qu’un féminisme à la française n’existe pas et que cette conception des rapports hommes/femmes n’a strictement rien de féministe. En réalité, elles dénoncent même l’absence de questionnements autour de la notion de séduction et des bénéfices que peut en tirer l’homme au sein d’un système sexiste avec cette excuse d’une “culture de la drague à la française”. Le consentement apparaissant alors comme une sorte d’idéal impossible à atteindre, à la notion incertaine, posant presque problème.

Il ne s’agit donc pas, pour le féminisme, de suggérer que la séduction ne serait pas un problème ­ même s’il n’est pas question pour autant de la récuser. En fait, c’est précisément parce qu’elle s’avère problématique qu’elle se révèle « bonne à penser », justement d’un point de vue féministe” 

Questionner les normes actuelles, c’est s’interroger sur l’ordre établi, ouvrir des perspectives et peut-être même, redéfinir certains concepts qui semblent aller de soi. Effectivement, le féminisme s’est beaucoup interrogé sur ce que la séduction (notamment au sein des rapports hommes/femmes) pouvait impliquer comme enjeu de domination, de violence et de pouvoir. Le féminisme a également bousculé les codes, ne faisant pas de la femme celle devant être forcément l’objet (celle qui séduit et non pas qui est séduite).

« La séduction vise une emprise sur l’objet désiré, à condition toutefois qu’il existe aussi en tant que sujet de désir. Pour être féministe, il n’est donc pas nécessaire de renoncer aux “plaisirs asymétriques de la séduction”. En revanche, pourquoi l’asymétrie serait-elle définie a priori, la pudeur féminine répondant aux avances masculines, comme si les rôles sociaux ne faisaient que traduire une différence des sexes supposée naturelle ? » 

La pluralité d’opinion ne signifie pas pour autant que chaque opinion sur les violences sexuelles est juste

On vous dira que cette tribune n’est pas de l’anti-féminisme mais plutôt un autre visage du féminisme. Je ne suis pas d’accord. Il ne suffit pas de déclarer que quelque chose est féministe pour pouvoir se protéger derrière ce terme, peu importe la multiplication des courants de ce mouvement. La réalité est plus complexe.

On peut effectivement percevoir le féminisme via un féminisme de droite et un de gauche (tous les deux aux idées diversifiées). On peut aussi accepter l’existence de plusieurs courants : le féminisme libéral, le féminisme réformiste, le féminisme radical, le féminisme matérialiste, le féminisme libertaire, le féminisme intersectionnel, le féminisme queer… Mais il me semble ici erroné d’y voir une forme de féminisme à partir du moment où on nous parle de jouir d’être « l’objet sexuel d’un homme ». Cette formulation pose un problème crucial, sous-entendant que l’émancipation sexuelle se définit par une conception de la femme en tant qu’objet. Car rien, pas même des fantasmes de domination, ne légitime le fait d’employer la notion d’objet pour parler du rôle de la femme lors d’un rapport sexuel.

« La sexualité, dans une optique féministe, n’est pas un domaine d’interactions, de sentiments, de sensations, de comportements, séparé du reste, dans lequel les rapports sociaux définis par ailleurs se refléteraient plus ou moins. C’est une dimension transversale de la réalité sociale, une dimension qui imprègne tout le reste (…) L’érotisation de la domination définit les normes de la masculinité, l’érotisation de la soumission définit celles de la féminité. »

On nous parle de femmes fortes qui ne voudraient pas s’enfermer dans un rôle de « victime perpétuelle », ce mot ayant visiblement perdu tout son sens pour une connotation profondément libérale où il suffirait simplement d’agir et d’être actrice de sa propre vie pour se libérer des oppressions.  Il y a ici trop de contresens, trop d’idées reçues et dépassées pour définir cette tribune comme celle d’un discours féministe.

Je m’interroge sur cette instrumentalisation du terme féministe pour essayer de nous faire avaler la pilule sur une opinion qui n’a pas grand chose de révolutionnaire. Et surtout, je ne comprends pas pourquoi je devrais accepter de mettre au même niveau un discours qui encourage les femmes à parler, à prendre position face à leurs agresseurs, à ne plus vivre dans la honte et un autre qui, sous couvert de bons sentiments  nous propose une vision relativiste, presque moqueuse, du quotidien des femmes.

Certaines signataires se sont défendues de vouloir faire taire les femmes ayant pris part aux initiatives comme « Me Too » et « Balance Ton Porc », voulant simplement faire émerger une autre voix, avec un avis qui serait différent et plus nuancé alors que, comme expliqué précédemment, les arguments qui y ont été avancés sont du pré-mâchage d’anciens discours vus et revus.

« Aussi longtemps que l’inégalité sexuelle sera inégalitaire, et sexuelle, les tentatives de revaloriser la sexualité « des femmes », comme si les femmes la possédaient réellement autant et pas seulement grammaticalement, se borneront à réduire les femmes à ce qu’on leur impose d’être. En-dehors de quelques moments d’exception (dont beaucoup de gens ont l’illusion qu’ils constituent la majeure partie de leur vie sexuelle), rechercher une sexualité égalitaire sans transformation politique, c’est rechercher l’égalité dans un contexte inégalitaire. »

Bref. Rien de nouveau sous le soleil. 

 

 

 

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